La calvitie vient-elle de la mère ou du père ?
On entend souvent qu’il suffit de regarder le grand-père maternel pour savoir si l’on deviendra chauve. Les grandes études génétiques racontent une histoire plus partagée.

Des deux côtés, avec un rôle particulier de la mère. La calvitie héréditaire de l’homme (alopécie androgénétique) dépend d’un gène important, celui du récepteur aux androgènes, situé sur le chromosome X, que l’homme reçoit toujours de sa mère. Mais la plus grande part de l’héritage génétique se trouve sur les autres chromosomes, transmis à parts égales par le père et la mère : une étude sur plus de 52 000 hommes a relié la calvitie à plus de 250 régions du génome. La calvitie vient donc des deux côtés, et aucun parent ne permet à lui seul de la prédire.
La calvitie se transmet-elle par la mère ?
En partie, oui, mais pas uniquement. L’idée que la calvitie vient de la mère repose sur un fait réel : un gène majeur est porté par le chromosome X, et un homme hérite toujours de son unique chromosome X par sa mère, le père lui transmettant le chromosome Y. Ce gène code le récepteur aux androgènes, la « serrure » sur laquelle agissent les hormones mâles dans le follicule.
En 2005, une équipe de l’université de Bonn a montré dans l’American Journal of Human Genetics que les variations de ce gène sont la condition préalable principale de la calvitie précoce, et conclu que sa position sur le X souligne l’importance de la lignée maternelle. C’est de là que vient l’habitude de regarder le grand-père maternel : le X de la mère lui vient de ses propres parents, donc en partie de ce grand-père.
Mais « importance » ne veut pas dire « exclusivité ». Les études suivantes, beaucoup plus larges, ont montré que la mère n’est qu’une partie de l’histoire.
Quel rôle joue le chromosome X ?
Un rôle réel mais minoritaire. En 2017, une étude publiée dans PLoS Genetics a analysé le génome de 52 874 hommes de la cohorte britannique UK Biobank, âgés de 40 à 69 ans. Le gène le plus fortement associé à la calvitie était bien le récepteur aux androgènes, sur le chromosome X. Mais les auteurs ont aussi relié la calvitie à 112 gènes situés sur les autres chromosomes, contre 13 sur le X.
Le chiffre le plus parlant concerne la part des différences entre hommes expliquée par les variants génétiques courants : 47,3 % pour les autres chromosomes, 4,6 % seulement pour le chromosome X. Autrement dit, sur ce que les gènes courants expliquent de la calvitie, l’essentiel ne passe pas par le chromosome X. Le gène maternel pèse lourd à lui seul, mais il est entouré d’une foule de petits effets venus des deux parents.
Chez la femme, qui a deux chromosomes X, la question se pose autrement. La Société française de dermatologie indique que le mécanisme de l’alopécie androgénétique féminine est plus mystérieux et que les hormones y jouent un rôle moins important que chez l’homme. Notre guide sur l’alopécie androgénétique chez la femme détaille ce que l’on sait.
Le père et les autres gènes comptent-ils aussi ?
Oui, beaucoup. Tous les chromosomes autres que X et Y existent en deux exemplaires, l’un venu du père, l’autre de la mère. Ce sont eux qui portent la majorité des régions liées à la calvitie dans l’étude UK Biobank. Un père chauve transmet donc lui aussi une partie de la prédisposition à son fils, par ces chromosomes-là. La Société française de dermatologie résume d’ailleurs l’usage courant du mot calvitie par la formule « les hommes chauves de père en fils ».
MedlinePlus, le service d’information de la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis, le dit simplement : le mode de transmission n’est pas clair, car de nombreux facteurs génétiques et environnementaux interviennent. Elle note en revanche qu’avoir un proche parent touché semble être un facteur de risque, sans préciser de quel côté.
Les gènes ne font pas tout. La calvitie dépend aussi des hormones mâles : la Société française de dermatologie rappelle qu’il n’y a jamais de calvitie chez les eunuques ou les castrats, faute d’androgènes. C’est ce qui explique l’intérêt pour tout ce qui modifie la DHT, et les interrogations sur certains produits de sport ; voyez ce que disent les études sur la créatine et la DHT. Le mode de vie, en revanche, n’est pas en cause dans les idées reçues les plus tenaces : pourquoi la casquette n’y est pour rien.
La calvitie peut-elle sauter une génération ?
Oui. La Société française de dermatologie l’écrit : on retrouve très souvent une chute de cheveux chez l’un des parents ou des grands-parents, mais la transmission peut sauter une ou deux générations. Ce n’est pas une bizarrerie : c’est la conséquence logique d’un héritage réparti sur de nombreux gènes.
Chaque enfant reçoit une combinaison différente des variants de ses deux parents. Un père peut avoir hérité de peu de variants à risque et garder ses cheveux, puis transmettre à son fils, avec ceux de la mère, une combinaison plus défavorable. Une mère, de son côté, peut porter des variants à risque sans les exprimer, puisque la calvitie masculine dépend des hormones mâles. Les études sur les jumeaux, citées par l’équipe d’Édimbourg, estiment qu’environ 80 % des différences de calvitie entre hommes sont d’origine génétique : le poids de l’hérédité est fort, mais il ne suit pas une ligne simple d’une génération à l’autre.
Peut-on prédire sa propre calvitie en regardant sa famille ?
Pas de façon fiable. L’histoire familiale indique une tendance, pas un destin. Même les outils génétiques restent imprécis : dans l’étude UK Biobank, un score fondé sur les variants génétiques courants distinguait les hommes sans aucune perte de ceux à calvitie sévère, mais parmi les hommes classés à haut risque, 59 % seulement avaient une calvitie sévère. Et cette comparaison portait sur les deux extrêmes, pas sur la majorité des hommes, entre les deux.
Ce qui permet de se repérer, ce sont des chiffres de population. Selon la Société française de dermatologie, la calvitie touche environ 15 % des hommes à 20 ans, 30 % à 30 ans et un homme sur deux à 50 ans. Elle débute en général par les golfes des tempes et le sommet du crâne. Notre guide explique comment évolue la calvitie héréditaire de l’homme et ce que valent les traitements.
Si une chute commence tôt ou inquiète, c’est l’examen du cuir chevelu qui compte, pas l’arbre généalogique : le dermatologue vérifie qu’il s’agit bien d’une calvitie héréditaire et pas d’une autre cause qui se soigne. Voyez quand et comment faire le point avec un dermatologue.
Quand consulter sans attendre
Si la chute est rapide, se fait par plaques, survient chez une femme avec des règles irrégulières, de l’acné ou une pilosité excessive, ou s’accompagne d’autres symptômes. La Société française de dermatologie rappelle que, chez la femme, une chute diffuse justifie une consultation pour chercher un manque de fer, un trouble de la thyroïde ou une maladie des ovaires avant de conclure à une cause héréditaire.
Questions fréquentes
Existe-t-il un test génétique de la calvitie ?
Des scores génétiques existent dans la recherche, mais ils restent imprécis pour une personne donnée : dans la plus grande étude, plus de quatre hommes sur dix classés à haut risque n’avaient pas de calvitie sévère. Leurs auteurs les présentent comme une piste pour repérer les personnes les plus exposées, pas comme un outil de diagnostic.
Peut-on devenir chauve sans antécédents dans sa famille ?
Oui. Comme la calvitie dépend de nombreux gènes et peut sauter une ou deux générations, elle peut apparaître alors que ni le père ni les grands-pères ne sont chauves. À l’inverse, une chute sans antécédents peut aussi avoir une autre cause : d’où l’intérêt d’un avis médical si elle est rapide.
La calvitie se transmet-elle aussi aux filles ?
Les femmes héritent des mêmes gènes que les hommes, mais l’alopécie androgénétique féminine prend une autre forme : un éclaircissement diffus sur le dessus, autour de la raie. La Société française de dermatologie estime qu’elle concerne environ 20 % des femmes à 40 ans.
Sources
- American Journal of Human Genetics (Hillmer et al., université de Bonn), « Genetic variation in the human androgen receptor gene is the major determinant of common early-onset androgenetic alopecia (2005), PMID 15902657, résumé lu via l’API PubMed », consulté le 6 octobre 2026.
- PLoS Genetics (Hagenaars et al., université d’Édimbourg), « Genetic prediction of male pattern baldness (2017), PMID 28196072 », consulté le 6 octobre 2026.
- MedlinePlus Genetics (National Library of Medicine, États-Unis), « Androgenetic alopecia », consulté le 6 octobre 2026.
- Société française de dermatologie (dermato-info.fr), « Tout savoir sur l’alopécie », consulté le 6 octobre 2026.
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