Bulbe

Chute de cheveux, quelle carence chercher ?

Fer, vitamine D, zinc, biotine : les listes de « carences qui font tomber les cheveux » mélangent le prouvé et le supposé. Voici ce que disent les sources médicales.

Publié le 6 octobre 20267 sources citéesRédaction de Bulbe

Bol d'épinards, de pois chiches, de quinoa et de crudités.
Photo Heather Brock, Pexels

La carence la mieux établie est le manque de fer, fréquent chez la femme en raison des règles abondantes ou des grossesses ; il se vérifie par le dosage de la ferritine, la protéine qui stocke le fer. Des carences en zinc ou en protéines, liées à un régime très restrictif ou à une maladie, peuvent aussi faire tomber les cheveux. Le rôle de la vitamine D est discuté, et celui de la biotine n’est pas démontré chez les personnes sans carence. Une carence se prouve par une prise de sang prescrite par un médecin : prendre un complément « au cas où » n’a pas fait la preuve d’un effet sur la repousse.

Quelles carences peuvent vraiment faire tomber les cheveux ?

Le cheveu se fabrique vite, et le follicule a besoin de matériaux pour cela. Le cours du Collège des enseignants de dermatologie cite parmi les besoins de la phase de croissance des apports en fer, protéines, zinc et vitamines, et range les carences parmi les causes qui perturbent le cycle du cheveu de façon le plus souvent réversible. Le Vidal énumère les carences alimentaires en fer, zinc, magnésium ou calcium, ainsi que l’anorexie et les régimes extrêmes.

Toutes ces carences n’ont pas le même poids. Une revue de 2019 sur les vitamines et minéraux dans la chute de cheveux, menée par des dermatologues de Miami et de Riyad, conclut que leur rôle est important, mais pas entièrement clair, et que de grands essais contrôlés manquent encore pour prouver l’effet d’une supplémentation. En pratique :

  • établi : le manque de fer, la cause carentielle la plus souvent recherchée ;
  • établi mais rare : la carence avérée en zinc, dont la chute de cheveux est un signe connu, et la dénutrition ;
  • discuté : la vitamine D, le zinc dans les chutes courantes, la biotine.

La chute liée à une carence est le plus souvent diffuse, sur tout le crâne, et peut suivre un amaigrissement : voyez aussi la chute qui suit un amaigrissement rapide.

Le manque de fer : pourquoi parle-t-on de ferritine ?

Parce que la ferritine est le meilleur reflet des réserves de fer. Une revue de dermatologie publiée en 2023 dans Cutis rappelle qu’une ferritine basse est un marqueur très fiable du manque de fer, et que la doser est utile chez une personne qui perd ses cheveux de façon diffuse. Elle signale aussi une limite, que reprend la revue de 2019 : la ferritine peut être élevée sans rapport avec les réserves en cas d’inflammation, d’infection ou de maladie du foie, ce qui peut masquer un manque.

Chez la femme, la Société française de dermatologie explique que le manque de fer, fréquent, peut provoquer une chute diffuse ; il est lié à des règles abondantes, à des grossesses rapprochées ou à une alimentation pauvre en fer, et plus rarement à un saignement digestif ou gynécologique qui justifie des examens. Notre guide sur la femme reprend fer, thyroïde et ménopause chez la femme.

Le seuil à partir duquel une ferritine basse fait tomber les cheveux n’est pas consensuel. La revue de 2019 relève que les études ont défini le manque de fer par une ferritine allant de 15 à 70 µg/L selon les auteurs, que le lien entre ferritine basse et chute reste débattu, et que les preuves d’efficacité d’un apport de fer sur la chute sont insuffisantes, malgré quelques résultats favorables. Elle note toutefois que la plupart des auteurs s’accordent à corriger un manque de fer prouvé chez une personne qui perd ses cheveux.

Vitamine D, zinc, biotine : que disent les études ?

Les trois sont souvent présentés comme des évidences ; les sources sont plus prudentes.

  • Vitamine D : selon la revue de 2019, les résultats sont contradictoires dans les chutes diffuses et la calvitie, mais la plupart des auteurs conseillent de corriger une carence prouvée. Le lien est plus net dans la pelade, où une carence est fréquente.
  • Zinc : une carence avérée fait tomber les cheveux, et ils repoussent quand elle est corrigée. Elle se voit surtout en cas d’anorexie, de maladie inflammatoire de l’intestin ou de chirurgie digestive. Dans les chutes courantes, les données sont trop incohérentes pour recommander un dépistage, selon la même revue.
  • Biotine (vitamine B8) : une revue de 2017 a retrouvé 18 cas publiés d’amélioration sous biotine, tous chez des personnes atteintes d’une maladie ou d’une carence sous-jacente, et conclut que la biotine n’a pas fait ses preuves chez les personnes en bonne santé. La revue de 2019 ajoute qu’une carence sévère n’a jamais été décrite chez une personne qui mange normalement.

Trop de certaines vitamines fait aussi tomber les cheveux : la revue de 2019 rappelle qu’un excès de vitamine A ou de sélénium peut provoquer une chute.

Comment savoir si l’on manque de quelque chose ?

Par une prise de sang prescrite par un médecin, pas par un questionnaire ou une analyse de cheveux. Le cours de dermatologie indique que, si une chute se prolonge au-delà de 3 à 6 mois, on réalise une numération formule sanguine, une ferritine et une TSH, pour rechercher un manque de fer ou un trouble de la thyroïde. La Société française de dermatologie ajoute que, chez la femme, on vérifie parfois aussi certaines vitamines et le zinc. Le détail est dans notre guide sur le bilan sanguin demandé en cas de chute de cheveux.

Le médecin choisit les dosages selon votre histoire : règles abondantes, régime végétalien ou très restrictif, chirurgie de l’obésité, maladie digestive, grossesse récente. La thyroïde est souvent vérifiée en même temps, car ses troubles donnent une chute qui ressemble à celle d’une carence : voyez le rôle de la thyroïde dans une chute diffuse.

Si vous prenez déjà de la biotine, dites-le au laboratoire. L’ANSM a recensé 246 réactifs d’analyse perturbés par de fortes doses de biotine, parmi lesquels des dosages hormonaux : la biotine peut fausser une prise de sang, dans un sens ou dans l’autre. La revue de 2019 cite un cas rapporté par l’agence américaine du médicament : un dosage de troponine, l’examen qui détecte un infarctus, faussement bas sous biotine, qui a conduit à un infarctus non diagnostiqué et au décès du patient.

Faut-il prendre des compléments sans carence prouvée ?

Les sources ne le soutiennent pas. La Société française de dermatologie indique que les compléments alimentaires sont principalement indiqués lors d’une carence ou de façon saisonnière, sans citer d’étude pour ce second usage. La revue de 2017 sur la biotine ne trouve pas de preuve suffisante chez les personnes en bonne santé, et la revue de 2019 juge que des essais plus larges restent nécessaires pour établir l’effet d’une supplémentation, même chez les personnes carencées.

Quand une carence en fer est prouvée, c’est le médecin qui décide du traitement et de sa durée ; pour les chutes diffuses passagères, le Vidal note que des compléments, par exemple de fer, sont parfois prescrits temporairement. Côté assiette, la Société française de dermatologie rappelle que le fer se trouve surtout dans la viande, les abats et le jaune d’œuf, et que celui des lentilles, des haricots verts ou des épinards est moins bien absorbé.

Enfin, une chute peut survenir sans aucune carence : la chute passagère qui suit un choc et la calvitie héréditaire en sont les exemples les plus connus, et les sources lues ne montrent pas d’effet d’un complément dans ces cas. Notre guide fait le tri de ce qui est prouvé sur l’alimentation et les compléments.

Quand consulter sans attendre

Si la chute dure plus de 3 à 6 mois, le cours de dermatologie prévoit une prise de sang (numération, ferritine, TSH). Consultez plus vite en cas de fatigue marquée, d’essoufflement, de règles très abondantes, de sang dans les selles ou d’amaigrissement : la Société française de dermatologie rappelle qu’un manque de fer peut venir d’un saignement digestif ou gynécologique qui doit être recherché.

Questions fréquentes

L’anémie fait-elle tomber les cheveux ?

Un manque de fer peut faire tomber les cheveux, qu’il s’accompagne ou non d’une anémie (baisse de l’hémoglobine). C’est pourquoi le médecin dose la ferritine, qui reflète les réserves, en plus de la numération sanguine. Un manque de fer chez la femme peut venir de règles abondantes, plus rarement d’un saignement qui doit être recherché.

Les cheveux repoussent-ils après correction d’une carence ?

C’est ce que décrivent les sources pour une carence avérée en zinc. Pour le fer, la revue de 2019 juge les preuves insuffisantes, malgré quelques résultats favorables. Le cours de dermatologie range les carences parmi les causes d’une perturbation du cycle du cheveu le plus souvent réversible : les follicules restent en place.

Une analyse de cheveux peut-elle détecter une carence ?

Les sources médicales lues ici s’appuient toutes sur la prise de sang pour mesurer le fer, la vitamine D ou le zinc. Le cours de dermatologie ne mentionne pas l’analyse minérale du cheveu dans le bilan d’une chute.

Les végétariens perdent-ils plus leurs cheveux ?

Aucune source lue ne le montre. Une alimentation sans viande peut en revanche réduire les apports en fer facilement absorbé : la Société française de dermatologie rappelle que le fer des végétaux est moins bien absorbé. En cas de chute, le médecin peut en tenir compte dans le choix des dosages.

Sources

  1. Société française de dermatologie (dermato-info.fr), « Tout savoir sur l’alopécie », consulté le 6 octobre 2026.
  2. Collège des enseignants de dermatologie de France (UNESS), « Item 288 : Troubles des phanères, alopécie », consulté le 6 octobre 2026.
  3. Vidal, « Les chutes de cheveux diffuses passagères », consulté le 6 octobre 2026.
  4. Dermatology and Therapy (Almohanna, Ahmed, Tsatalis, Tosti), « The Role of Vitamins and Minerals in Hair Loss : A Review (2019), PMID 30547302 », consulté le 6 octobre 2026.
  5. Skin Appendage Disorders (Patel, Swink, Castelo-Soccio), « A Review of the Use of Biotin for Hair Loss (2017), PMID 28879195, résumé lu via l’API PubMed », consulté le 6 octobre 2026.
  6. Cutis (Zhang, LaSenna, Shields), « Serum Ferritin Levels : A Clinical Guide in Patients With Hair Loss (2023), PMID 37820340, résumé lu via l’API PubMed », consulté le 6 octobre 2026.
  7. ANSM, « Interférence de la biotine sur les immunodosages (publié le 23/07/2019, mis à jour le 30/07/2026) », consulté le 6 octobre 2026.

Autres questions

Cet article informe ; il ne remplace pas l’avis de votre médecin, de votre dermatologue ou de votre pharmacien. Comment nous écrivons.