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La créatine fait-elle perdre ses cheveux ?

Une hausse de DHT chez vingt rugbymen en 2009 a lancé la rumeur. Un essai de 2025 a enfin mesuré les cheveux. Voici ce que montrent ces deux études.

Publié le 6 octobre 20264 sources citéesRédaction de Bulbe

Un homme soulève une barre au développé couché dans une salle de sport.
Photo Andrea Piacquadio, Pexels

Rien ne prouve aujourd’hui un lien entre la créatine et la perte de cheveux. La crainte vient d’une étude de 2009 sur vingt joueurs de rugby, qui a mesuré une hausse de la DHT dans le sang mais n’a jamais examiné leurs cheveux. Le seul essai qui a regardé les cheveux, publié en 2025, n’a trouvé aucune différence avec le placebo après douze semaines, ni sur la DHT, ni sur la densité ou l’épaisseur des cheveux. Cet essai reste petit et court, et il n’a pas tenu compte des antécédents familiaux de calvitie : il rassure, il ne clôt pas la question.

D’où vient l’idée que la créatine fait tomber les cheveux ?

L’idée vient d’un raisonnement en deux temps, dont seul le premier est établi : la DHT fait progresser la calvitie, et une étude de 2009 a vu la créatine augmenter la DHT sanguine. Premier temps, établi : la calvitie masculine dépend d’une hormone, la dihydrotestostérone (DHT). La Société française de dermatologie (Dermato-Info) explique que la testostérone doit être transformée en DHT par une enzyme, la 5 alpha réductase, pour agir sur le cheveu. La DHT accélère le renouvellement des cheveux jusqu’à épuiser le follicule, qui ne produit plus qu’un duvet.

Second temps, supposé : si la créatine augmentait la DHT, elle pourrait accélérer la chute chez ceux qui y sont prédisposés. Les auteurs de l’essai de 2025 le résument ainsi, en ajoutant que des sportifs disent avoir perdu des cheveux sous créatine, mais qu’il s’agit d’observations personnelles, jamais vérifiées par une étude contrôlée.

Pour comprendre le rôle de la DHT dans la calvitie héréditaire, il faut garder en tête que l’hormone ne suffit pas : il faut aussi une prédisposition familiale.

Que montrait exactement l’étude de 2009 sur la DHT ?

L’étude de van der Merwe, Brooks et Myburgh, publiée dans le Clinical Journal of Sport Medicine, a suivi 20 joueurs de rugby universitaires en Afrique du Sud, en double aveugle contre placebo, avec permutation des groupes après six semaines de pause. Le protocole : une semaine de charge à 25 g de créatine par jour, puis deux semaines à 5 g par jour.

Résultats, tels qu’écrits dans le résumé :

  • la testostérone n’a pas bougé ;
  • la DHT a augmenté de 56 % après la semaine de charge, et restait 40 % au-dessus du départ après les deux semaines suivantes ;
  • le rapport DHT sur testostérone a augmenté de 36 %, puis restait 22 % plus haut.

Ce que l’étude ne dit pas compte autant. Elle n’a jamais mesuré la chute de cheveux : ni comptage, ni photo, ni examen du cuir chevelu. Elle a duré trois semaines, sur vingt hommes. Les auteurs concluaient eux-mêmes que d’autres recherches étaient nécessaires. Une hausse de DHT dans le sang n’est pas une perte de cheveux, et ce résultat n’a pas été retrouvé par l’essai suivant.

Que disent les études plus récentes ?

Un essai randomisé en double aveugle, publié en 2025 dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition (Lak et coll.), a posé directement la question. 45 hommes de 18 à 40 ans, pratiquant la musculation, ont reçu soit 5 g de créatine par jour, soit un placebo, pendant douze semaines. 38 participants sont allés au bout.

Les cheveux ont été examinés par des dermatologues, avec un appareil d’imagerie du cuir chevelu (test appelé trichogramme dans l’étude) et en photographie standardisée du sommet du crâne : densité, nombre d’unités folliculaires, épaisseur, part des cheveux en phase de croissance. Résultat : aucune différence entre créatine et placebo, ni pour la DHT, ni pour le rapport DHT sur testostérone, ni pour un seul paramètre des cheveux.

Les auteurs listent eux-mêmes les limites :

  • douze semaines seulement, à une dose courante ;
  • des hommes uniquement ;
  • des hormones mesurées dans le sang et non dans le cuir chevelu ;
  • les antécédents familiaux de calvitie non relevés.

Autre point à connaître : l’étude déclare n’avoir reçu aucun financement spécifique, mais plusieurs auteurs déclarent des liens avec des fabricants de compléments alimentaires, et l’un d’eux a reçu de la créatine gratuitement pour ses recherches. Cela n’invalide pas les mesures, faites par des dermatologues, mais justifie d’attendre d’autres essais indépendants.

Le risque est-il différent si l’on a déjà une calvitie débutante ?

Personne ne le sait, faute d’étude sur la créatine et la calvitie déjà installée. C’est la vraie question restée ouverte. L’essai de 2025 n’a pas enregistré qui avait un père ou un grand-père chauve, alors que ses auteurs rappellent qu’un homme dont le père perd ses cheveux a environ deux fois plus de risque de les perdre lui aussi. Il n’a pas non plus comparé des hommes déjà dégarnis à des hommes sans calvitie.

Ce qui est établi, en revanche, c’est le moteur principal de la calvitie : l’hérédité et les androgènes. Dermato-Info rappelle que la transmission peut sauter une ou deux générations, ce qui rend la lecture de l’arbre familial moins simple qu’il n’y paraît. Voir de quel côté de la famille vient la calvitie.

Un homme qui voit son front reculer ou son sommet s’éclaircir a intérêt à en parler à un médecin, avec ou sans créatine. Des deux traitements de référence de la calvitie, un seul agit sur cette hormone : le finastéride, qui bloque la transformation en DHT, et ses mises en garde officielles ; le minoxidil agit autrement. Ce site ne recommande ni ne déconseille la créatine : la décision relève d’un échange avec un médecin.

Testostérone, musculation et cheveux, qu’est-ce qui est établi ?

Trois choses seulement sont établies : la testostérone n’agit sur les cheveux qu’une fois convertie en DHT, les androgènes pris comme dopants peuvent faire tomber les cheveux, et le lien entre sport et calvitie n’a été étudié que par des études d’observation, sans preuve de cause.

D’abord, la testostérone n’agit sur le cuir chevelu qu’indirectement, une fois convertie en DHT. Dermato-Info note qu’il n’y a jamais de calvitie chez les eunuques ou castrats, et qualifie de rumeur sans aucun fondement médical l’idée que les hommes chauves seraient plus virils.

Ensuite, les androgènes pris comme produits dopants posent un vrai problème. Dermato-Info cite les sportives qui utilisent des anabolisants parmi les cas de chute diffuse d’origine médicamenteuse. Ce n’est pas la créatine, qui n’est pas une hormone.

Enfin, le lien entre musculation et chute de cheveux reste mal étudié. Une étude sur 92 vrais jumeaux, soit 46 paires (Gatherwright et coll., 2013) a relevé une association entre la durée d’exercice et une perte de cheveux plus marquée aux tempes et au sommet. C’est une simple corrélation, tirée de questionnaires et de photographies, qui ne dit pas si l’un cause l’autre.

Avant d’accuser la salle de sport, mieux vaut passer en revue les principales causes de chute et leurs signes : hérédité, carence, stress, maladie. Et pour l’autre soupçon des vestiaires, voir la casquette et le casque, autres suspects du vestiaire.

Quand consulter sans attendre

Une chute qui s’accélère, un front qui recule ou un sommet qui s’éclaircit justifient un avis médical, que l’on prenne de la créatine ou non, pour en établir la cause. Une chute en plaques oriente vers une autre cause que la calvitie (pelade, teigne, traction) selon Dermato-Info, et relève d’un examen par un médecin ou un dermatologue.

Questions fréquentes

La phase de charge de créatine est-elle plus risquée pour les cheveux ?

Aucune étude ne l’a montré. La hausse de DHT de 2009 a été mesurée après une semaine de charge à 25 g par jour, mais les cheveux n’ont pas été examinés. L’essai de 2025, sans charge, à 5 g par jour, n’a trouvé aucun effet. La question de la charge n’a donc pas été testée sur les cheveux.

Les femmes sont-elles concernées ?

Les deux études n’ont inclus que des hommes. Les auteurs de l’essai de 2025 indiquent que des recherches chez la femme restent à faire. Aucune conclusion ne peut être tirée pour elles.

Si je perds mes cheveux en prenant de la créatine, est-ce forcément elle ?

Non. La calvitie héréditaire peut débuter dès la puberté et touche environ 15 % des hommes à 20 ans selon Dermato-Info, soit l’âge où beaucoup commencent la musculation : la coïncidence est fréquente. Une chute qui inquiète mérite un avis médical pour en trouver la cause réelle.

Faut-il doser sa DHT avant de prendre de la créatine ?

Aucune source médicale lue ne le recommande. La DHT dans le sang ne prédit pas à elle seule la chute : dans la calvitie, c’est la sensibilité héréditaire des follicules qui compte. La question d’un bilan relève du médecin.

Sources

  1. Clinical Journal of Sport Medicine (via Europe PMC), « van der Merwe J, Brooks NE, Myburgh KH. Three weeks of creatine monohydrate supplementation affects dihydrotestosterone to testosterone ratio in college-aged rugby players, 2009 (résumé lu) », consulté le 6 octobre 2026.
  2. Journal of the International Society of Sports Nutrition (texte intégral, PMC), « Lak M et coll. Does creatine cause hair loss ? A 12-week randomized controlled trial, 2025 », consulté le 6 octobre 2026.
  3. Société française de dermatologie (Dermato-Info), « Tout savoir sur l’alopécie (publié le 10/12/2019) », consulté le 6 octobre 2026.
  4. Plastic and Reconstructive Surgery (via Europe PMC), « Gatherwright J et coll. The contribution of endogenous and exogenous factors to male alopecia : a study of identical twins, 2013 (résumé lu) », consulté le 6 octobre 2026.

Autres questions

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