Pelade, causes, repousse et traitements possibles
Une plaque lisse, ronde, apparue en quelques jours : c’est souvent une pelade. Elle n’abîme pas la santé physique, mais elle pèse lourd, et son évolution reste imprévisible.

La pelade est une maladie auto-immune : des globules blancs attaquent les follicules pileux, ce qui fait tomber les cheveux ou les poils par plaques rondes, sur une peau d’aspect normal. Selon la Société française de dermatologie, elle touche environ 1 % de la population en France. Le follicule n’est pas détruit, donc la repousse reste possible : environ la moitié des personnes retrouvent tous leurs cheveux dans l’année, mais les rechutes sont fréquentes. Les traitements vont des corticoïdes locaux, en première intention, aux inhibiteurs de JAK (Janus kinase), des médicaments par voie orale, pour les formes sévères.
Qu’est-ce que la pelade ?
La pelade, ou alopecia areata, est une maladie inflammatoire chronique qui provoque une perte soudaine de cheveux ou de poils, le plus souvent en plaques bien délimitées. Elle est dite non cicatricielle : la peau reste normale et le follicule, intact, garde sa capacité à refabriquer un cheveu. Elle peut toucher la barbe, les cils, les sourcils.
La Société française de dermatologie (SFD) distingue trois formes :
- la pelade en plaques, de loin la plus courante (environ 90 % des personnes atteintes) ;
- la pelade totale, quand les cheveux sont tombés presque entièrement ou entièrement ;
- la pelade universelle, quand tous les poils du corps sont aussi perdus.
Les médecins mesurent l’étendue avec le score SALT, le pourcentage de cuir chevelu dégarni. La SFD parle de pelade légère jusqu’à 20 %, et de pelade sévère à partir de 50 % de surface atteinte. Ce seuil compte : c’est lui qui ouvre l’accès aux traitements les plus récents.
Selon la SFD, la pelade concerne environ 2 % de la population mondiale et environ 1 % en France. Elle peut débuter à tout âge, mais touche surtout les 10 à 30 ans, avec un pic vers 20 ans. Elle n’est pas contagieuse.
Comment la reconnaître ?
Le signe typique est une plaque ronde ou ovale, lisse et sans cheveux, apparue en quelques jours, sur une peau qui n’est ni rouge, ni squameuse, ni cicatricielle. La plaque ne fait généralement pas mal, même si certaines personnes sentent des démangeaisons ou une brûlure au moment où la chute commence.
D’autres indices orientent le médecin :
- les cheveux « en point d’exclamation » : des cheveux courts et cassés, plus fins à la base, en bordure de plaque, décrits par le manuel MSD ;
- une traction positive : quand la pelade est active, tirer doucement les cheveux en bordure en fait venir plusieurs ;
- les ongles : 30 à 50 % des personnes atteintes ont des ongles piquetés « en dé à coudre », striés ou rugueux, parfois avant la chute, selon la SFD ;
- la repousse blanche : les premiers cheveux qui reviennent sont souvent dépigmentés, puis reprennent leur couleur.
Une forme particulière, dite ophiasique, dégarnit une bande sur la nuque et les côtés de la tête. La SFD l’associe à une repousse plus limitée.
Le diagnostic est clinique : le dermatologue regarde les plaques au dermatoscope (trichoscopie), un examen indolore. Il écarte surtout la teigne, une infection par un champignon qui casse les cheveux et laisse des squames, et la trichotillomanie, l’arrachage compulsif de ses propres cheveux. Un prélèvement, une prise de sang ou une biopsie ne sont demandés qu’en cas de doute. Le déroulé de ces examens est expliqué dans notre guide sur la consultation pour une chute de cheveux.
Pourquoi survient-elle ?
La pelade est une maladie auto-immune : selon la SFD, l’équilibre entre le système immunitaire et le follicule pileux se dérègle et des globules blancs (lymphocytes T) attaquent les follicules. La cause précise de ce dérèglement reste inconnue. La génétique joue un rôle net, et des facteurs d’environnement semblent servir de déclencheur.
Ce que disent les sources :
- l’hérédité : environ 20 % des personnes atteintes ont un membre de leur famille qui en a eu une, selon la SFD ;
- les maladies associées : la pelade s’accompagne plus souvent que la moyenne d’autres maladies auto-immunes ou inflammatoires. Chez l’adulte, la SFD cite les maladies de la thyroïde (dont la thyroïdite de Hashimoto), le vitiligo, la dermatite atopique et le lupus ; chez l’enfant, la dermatite atopique, le psoriasis et le vitiligo ;
- la trisomie 21 augmente nettement le risque, selon une revue publiée dans les Annales de dermatologie ;
- le stress : la SFD indique qu’il semble jouer un rôle déclencheur ou aggravant, mais la revue des Annales de dermatologie juge ce rôle controversé. Rien ne permet d’affirmer qu’un choc émotionnel suffit à provoquer une pelade.
Autrement dit, personne n’est « responsable » de sa pelade. Elle ne vient ni d’un shampooing, ni d’une coiffure, ni d’un manque de soin. Une chute diffuse, sans plaques, oriente plutôt vers d’autres causes, détaillées dans notre guide sur les causes de la chute de cheveux.
Les cheveux repoussent-ils ?
Oui, souvent, car dans la pelade le follicule n’est pas détruit. Selon la SFD, environ la moitié des personnes ont une repousse totale dans la première année, et environ un quart évoluent vers une pelade totale ou universelle. L’évolution varie énormément d’une personne à l’autre, et de nouveaux épisodes sont fréquents au cours de la vie.
Une revue publiée en 2012 dans les Annales de dermatologie donne des fourchettes proches : 34 à 50 % de repousse en moins d’un an, 15 à 25 % d’évolution vers une forme totale ou universelle, et dans ces formes, une repousse complète chez moins de 10 % des personnes. La même revue rappelle que la plupart des patients connaîtront plusieurs épisodes.
La SFD liste les facteurs associés à une repousse plus limitée :
- une atteinte étendue ;
- une atteinte de la nuque (forme ophiasique) ;
- une pelade ancienne ;
- des antécédents familiaux de pelade ;
- d’autres maladies auto-immunes ;
- un début dans l’enfance.
Une petite plaque récente, sans aucun de ces facteurs, a donc de bonnes chances de se refermer seule. Mais aucun médecin ne peut promettre l’évolution d’une pelade donnée, et un traitement efficace sur une poussée n’empêche pas la suivante.
Quels traitements existent aujourd’hui ?
Le choix dépend de l’âge, de l’étendue et de l’ancienneté de la poussée. Pour les plaques limitées, les corticoïdes appliqués sur la peau sont le traitement de première intention. Pour les pelades sévères, deux médicaments par voie orale de la famille des inhibiteurs de JAK sont autorisés en France, avec un avis favorable de la HAS au remboursement. Aucun traitement ne guérit définitivement la maladie.
Les options décrites par la SFD :
- les dermocorticoïdes (crème, lotion, mousse) : efficacité d’environ 60 % sur la repousse chez l’enfant, selon la SFD ;
- les injections de corticoïdes dans la plaque, chez l’adulte : repousse locale chez environ 60 % des patients, avec un risque d’amincissement ou de dépigmentation de la peau ;
- le minoxidil en lotion, sans autorisation de mise sur le marché dans la pelade, parfois ajouté en complément ;
- les corticoïdes à forte dose sur une courte durée (bolus), pour freiner une poussée rapide ;
- les inhibiteurs de JAK par voie orale, pour les formes sévères.
Le baricitinib a reçu en octobre 2023 un avis favorable de la Haute Autorité de santé (HAS) au remboursement dans la pelade sévère de l’adulte. Dans le premier essai analysé par la HAS, 35,2 % des patients sous 4 mg avaient une repousse sur plus de 80 % du cuir chevelu à 36 semaines, contre 5,3 % sous placebo ; dans le second, 32,5 % contre 2,6 %. Le ritlécitinib a obtenu en 2024 un remboursement dans la pelade sévère dès 12 ans, après un avis favorable de la HAS en mars 2024 : selon la SFD, 13,4 % des patients avaient plus de 90 % du cuir chevelu couvert à 24 semaines (1,5 % sous placebo), et 31,2 % à 48 semaines.
| Situation | Option décrite par les sources | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Plaques limitées, enfant | Dermocorticoïdes | Repousse chez environ 60 % (SFD) |
| Plaques limitées, adulte | Injections de corticoïdes dans la plaque | Repousse locale chez environ 60 %, risque d’amincissement de la peau (SFD) |
| Pelade sévère (50 % ou plus), adulte | Baricitinib, avis favorable de la HAS au remboursement en octobre 2023 | Environ un patient sur trois sous 4 mg avec plus de 80 % du cuir chevelu couvert à 36 semaines (HAS) |
| Pelade sévère, dès 12 ans | Ritlécitinib, remboursé depuis 2024 (SFD) | 31,2 % avec plus de 90 % du cuir chevelu couvert à 48 semaines (SFD) |
| Toutes formes | Abstention, perruque, soutien | Option légitime : la pelade ne menace pas la santé physique (SFD) |
Ces médicaments ont deux limites. D’abord, ils sont essentiellement suspensifs : la SFD l’écrit pour le ritlécitinib, avec un risque de rechute à l’arrêt, et la HAS demande de poursuivre le baricitinib au moins plusieurs mois après une réponse stable pour éviter une rechute, et d’envisager son arrêt sans bénéfice après 36 semaines. Ensuite, l’ANSM a restreint en 2023 l’usage des inhibiteurs de JAK, en raison de risques de troubles cardiovasculaires majeurs, de caillots sanguins, d’infections graves, de cancers, voire de décès : chez les 65 ans et plus, les fumeurs ou personnes qui ont fumé longtemps, et les personnes ayant d’autres facteurs de risque cardiovasculaire ou de cancer, ils ne doivent être utilisés qu’en l’absence d’alternative. La HAS rappelle aussi que les inhibiteurs de JAK sont contre-indiqués pendant la grossesse et qu’une contraception efficace est nécessaire pendant le traitement et 4 semaines après la dernière prise ; le baricitinib est aussi contre-indiqué pendant l’allaitement. Ils demandent un suivi par prises de sang. Pour le baricitinib, la prescription initiale est hospitalière et faite par un dermatologue, selon la SFD et la HAS.
Quel que soit le traitement, la décision se prend avec le dermatologue, en pesant le bénéfice attendu contre les effets indésirables. La SFD rappelle que l’abstention est une option légitime, puisque la pelade ne menace pas la santé physique. Les autres médicaments de la chute de cheveux sont présentés dans la rubrique traitements.
Comment vivre avec une pelade étendue ?
Quand la pelade s’étend, le retentissement psychologique devient souvent le problème principal. La SFD décrit un risque accru d’anxiété, de dépression et de baisse de l’estime de soi, y compris chez l’enfant. Les aides concrètes existent : prothèse capillaire remboursée, maquillage ou tatouage des sourcils, protection du cuir chevelu et soutien psychologique.
Ce que recommandent les sources :
- la perruque : la SFD estime qu’elle doit être proposée, surtout dans les formes sévères, car elle améliore nettement la qualité de vie. L’Assurance maladie la rembourse sur prescription, en cas de chute liée à une maladie ; une perruque synthétique de classe 1 jusqu’à 350 € est prise en charge intégralement par l’Assurance maladie et la complémentaire, selon ameli au 6 octobre 2026. Les détails sont dans notre guide sur le remboursement de la perruque médicale ;
- les sourcils et le volume : la SFD cite le tatouage, les fibres capillaires pour densifier les cheveux restants, et le maquillage. D’autres options sont décrites dans notre guide sur le complément capillaire et la dermopigmentation ;
- le soleil : un cuir chevelu nu brûle vite. Un chapeau ou une protection solaire s’impose ;
- les yeux et le nez : sans cils ni sourcils, poussière et sueur irritent davantage les yeux ; sans poils du nez, les écoulements nasaux sont plus fréquents, selon la SFD ;
- le soutien psychologique : la SFD mentionne la psychothérapie et la thérapie cognitivo-comportementale quand le moral flanche.
Chez l’enfant, la SFD insiste sur l’école et l’image de soi : plus de 85 % des parents d’enfants atteints vivent la maladie comme un fardeau au quotidien. En parler à l’équipe pédagogique, et choisir le traitement avec l’enfant lui-même, fait partie de la prise en charge.
Quand consulter sans attendre
Consultez dès l’apparition d’une première plaque, pour confirmer le diagnostic et écarter une teigne, qui est contagieuse. Revoyez vite un médecin si les plaques se multiplient ou s’étendent en quelques semaines, si les cils et sourcils tombent, ou si la pelade s’accompagne de fatigue, de troubles de l’humeur ou de signes de maladie de la thyroïde. La Société française de dermatologie rappelle que le retentissement psychologique justifie à lui seul d’en parler à un médecin.
Questions fréquentes
La pelade est-elle contagieuse ?
Non. La pelade est une maladie auto-immune : c’est le propre système immunitaire de la personne qui attaque ses follicules pileux. Elle ne se transmet ni par contact, ni par une brosse, ni par un bonnet. La teigne, qui peut lui ressembler, est en revanche une infection contagieuse, d’où l’intérêt d’un diagnostic médical.
La pelade peut-elle toucher la barbe ?
Oui. Selon la Société française de dermatologie, la pelade en plaques peut atteindre la barbe, comme les cils, les sourcils ou les autres poils du corps. L’aspect est le même que sur le cuir chevelu : une zone ronde, lisse, sans poils, sur une peau normale.
Faut-il faire une prise de sang en cas de pelade ?
Pas systématiquement. La Société française de dermatologie indique que le diagnostic est clinique quand l’aspect est typique. Une prise de sang peut être demandée si le médecin envisage une autre cause de chute, ou pour rechercher une maladie associée selon les symptômes. Un dépistage thyroïdien systématique n’est pas justifié selon une revue des Annales de dermatologie consacrée à l’enfant.
Les cheveux qui repoussent après une pelade sont-ils blancs ?
Souvent au début. La Société française de dermatologie explique que les cheveux en phase de repousse peuvent être moins pigmentés, voire blancs. Ils reprennent en général leur couleur ensuite, mais la repousse blanche n’annonce rien de grave.
Les compléments alimentaires soignent-ils la pelade ?
Aucune source médicale consultée ne les présente comme un traitement de la pelade. La Société française de dermatologie mentionne seulement que des vitamines ou du zinc sont parfois proposés chez le jeune enfant, sans en chiffrer l’efficacité. Les traitements évalués sont les corticoïdes et, dans les formes sévères, les inhibiteurs de JAK.
Sources
- Société française de dermatologie (Dermato-Info), « Tout savoir sur la pelade chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte (Dr C. Cassius, Dr L. Ronjat, 01/08/2025) », consulté le 6 octobre 2026.
- Haute Autorité de santé, « Baricitinib dans la pelade sévère de l’adulte, avis de la Commission de la transparence du 25 octobre 2023 », consulté le 6 octobre 2026.
- Haute Autorité de santé, « Ritlécitinib dans la pelade sévère, avis de la Commission de la transparence », consulté le 6 octobre 2026.
- ANSM, « Inhibiteurs de Janus kinase et traitement des maladies inflammatoires chroniques, restrictions d’utilisation pour diminuer le risque d’effets indésirables graves (17/04/2023) », consulté le 6 octobre 2026.
- Annales de dermatologie et de vénéréologie, « Pelade de l’enfant (J. Mazereeuw-Hautier et al., 2012) », consulté le 6 octobre 2026.
- Manuel MSD (grand public), « Pelade », consulté le 6 octobre 2026.
- Assurance maladie (ameli), « Prise en charge des perruques et accessoires capillaires », consulté le 6 octobre 2026.
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